« Il faut changer ses prothèses tous les dix ans. » La phrase circule encore. Elle est fausse dans sa forme, parce qu’un implant n’a pas de date de péremption. Elle contient pourtant une part de vrai : un implant n’est pas fait pour durer toute une vie, et il se surveille.
Pas de date de péremption, mais pas un dispositif à vie
L’autorité sanitaire américaine, la FDA, le dit sans détour : les implants mammaires ne sont pas des dispositifs à vie, et plus on les garde longtemps, plus le risque de complication augmente. Leur durée de vie varie d’une personne à l’autre et ne se prédit pas.
Les grandes études de suivi donnent un ordre de grandeur. Dans l’une d’elles, qui a suivi 715 femmes pendant dix ans, 81,8 % des patientes opérées d’une augmentation avaient encore leurs implants d’origine au terme de l’étude. Dans une autre, qui réunissait 1 788 patientes, près d’un tiers avaient été réopérées en dix ans, toutes indications confondues, et plus de la moitié de ces réinterventions avaient un motif esthétique, comme un changement de taille.
Un implant se change donc quand il pose un problème, ou quand vous souhaitez un changement, pas à une date fixée d’avance. Ce qui ne se discute pas, c’est la surveillance.
La rupture, souvent silencieuse
Avec les gels de silicone actuels, dits cohésifs, une rupture de l’enveloppe passe souvent inaperçue : le gel reste contenu dans la capsule, et le sein ne change ni de forme ni de consistance. On parle de rupture silencieuse.
Dans les deux études citées, une rupture a été retrouvée chez 8,6 % des patientes dans la première à dix ans, et chez 13 % des patientes suivies par IRM dans la seconde. Seule l’imagerie la met en évidence. Pour les femmes qui n’ont aucun symptôme, la FDA recommande une première échographie ou IRM cinq à six ans après l’intervention, puis tous les deux à trois ans. L’échographie est un premier examen fiable ; l’IRM reste l’examen de référence et tranche les cas douteux.
Un implant rompu se retire ou se remplace. Ce n’est pas une urgence, mais cela se programme, sans le laisser en place pendant des années.
La coque : quand la capsule se rétracte
Le corps entoure tout implant d’une fine membrane, la capsule. C’est normal, et c’est elle qui maintient l’implant en place. Chez certaines femmes, elle s’épaissit et se rétracte : le sein durcit, se déforme, remonte parfois, et peut devenir douloureux. C’est la coque, ou contracture capsulaire.
C’est l’une des complications les plus fréquentes des implants, et l’un des premiers motifs de réintervention. Dans l’étude de 1 788 patientes, une coque marquée touchait 13,5 % d’entre elles à dix ans, deux fois moins souvent avec des implants texturés qu’avec des implants lisses. Dans l’autre étude, elle touchait 18,9 % des augmentations, moins souvent quand l’implant était placé derrière le muscle (15,7 %) que devant (26,3 %).
Une coque gênante se traite chirurgicalement : on retire tout ou partie de la capsule et l’on change l’implant, ou on le retire. Elle peut récidiver. Le remplacement d’implants mammaires et l’ablation des implants sont décrits sur leurs fiches.
Le lymphome associé aux implants
Le BIA-ALCL est un lymphome anaplasique à grandes cellules, un cancer du système immunitaire qui se développe dans le liquide ou la capsule autour de l’implant. Il est rare, et survient surtout autour d’implants à surface texturée. Swissmedic, l’autorité suisse des produits thérapeutiques, recensait en décembre 2024 vingt et un cas en Suisse depuis 2012.
Une étude néerlandaise, menée sur l’ensemble des lymphomes du sein du pays, a estimé le risque cumulé chez les femmes porteuses d’implants à 29 cas par million à 50 ans et 82 par million à 70 ans. Autrement dit, il faudrait environ 6 900 femmes porteuses d’implants pour observer un cas avant 75 ans.
Les symptômes apparaissent en général des années après la pose : un gonflement important d’un sein, qui correspond souvent à une collection de liquide autour de l’implant, une masse palpable ou une modification de la peau. Ils doivent faire consulter sans attendre. Swissmedic ne recommande pas de retirer par précaution des implants qui ne posent aucun problème.
Ce qui se surveille, et quand consulter
La surveillance repose sur un contrôle régulier, chez votre chirurgien ou votre gynécologue, avec l’imagerie adaptée à votre âge et à vos implants. Le dépistage du cancer du sein se poursuit comme pour toute femme ; signalez toujours vos implants au radiologue, qui adapte l’examen. Consultez sans attendre si un sein change de forme, gonfle, durcit ou devient douloureux, ou après un choc violent sur la poitrine.
Quand la question se pose de garder, changer ou retirer vos implants, la page je veux changer ou retirer mes implants présente les options, y compris le remplacement par votre propre graisse.
Questions fréquentes sur la durée de vie des implants
Faut-il changer ses implants au bout de dix ans ?
Pas systématiquement. Un implant qui ne pose aucun problème, contrôlé par l’imagerie, peut rester en place. Il se change en cas de rupture, de coque gênante, ou si vous souhaitez modifier le volume.
Comment savoir si un implant est rompu ?
Le plus souvent, on ne le sent pas. L’échographie la recherche, l’IRM tranche les cas douteux. C’est la raison des contrôles réguliers, même sans symptôme.
Faut-il retirer des implants texturés par précaution ?
Swissmedic ne le recommande pas chez une femme qui n’a aucun symptôme. Ce qui compte, c’est de connaître le type de vos implants, de les faire contrôler, et de consulter rapidement en cas de gonflement ou de masse.
Les implants peuvent-ils rendre malade ?
Certaines femmes décrivent de la fatigue, des douleurs articulaires, des troubles de la mémoire ou de la concentration, qu’elles attribuent à leurs implants. La FDA reconnaît ces symptômes, encore mal compris et étudiés, et note que certaines patientes rapportent une amélioration après le retrait. Si vous vous posez la question, elle mérite d’être examinée en consultation, sans a priori.
Rédigé et relu par le Dr Daniel Meunier, chirurgien plasticien, qui consulte à Genève. Dernière mise à jour : septembre 2026.
Références scientifiques
- Stevens WG et al. Ten-year Core Study Data for Sientra’s FDA-Approved Round and Shaped Breast Implants with Cohesive Silicone Gel. Plastic and Reconstructive Surgery, 2018. doi:10.1097/PRS.0000000000004350
- Spear SL, Murphy DK. Natrelle round silicone breast implants: Core Study results at 10 years. Plastic and Reconstructive Surgery, 2014. doi:10.1097/PRS.0000000000000021
- de Boer M et al. Breast Implants and the Risk of Anaplastic Large-Cell Lymphoma in the Breast. JAMA Oncology, 2018. doi:10.1001/jamaoncol.2017.4510
- Swissmedic. Breast implant associated anaplastic large cell lymphoma (BIA-ALCL), informations mises à jour, décembre 2024 ; informations de juin 2021.
- U.S. Food and Drug Administration. Breast Implants – Certain Labeling Recommendations to Improve Patient Communication, 2020 ; Risks and Complications of Breast Implants, 2023.
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