Le mot « régénération » promet beaucoup, et il est souvent employé sans précision. Le nanofat, lui, a une définition assez précise. Il a des effets observés sur la peau et les cicatrices, et des preuves qui restent encore limitées. Cet article fait la part des choses.
Une graisse réduite en émulsion
Le nanofat a été décrit en 2013 par une équipe belge, conduite par Patrick Tonnard, à Gand. On prélève un peu de graisse par une fine canule, puis on la fait passer de nombreuses fois d’une seringue à l’autre à travers un petit raccord. Ce brassage la transforme en une émulsion liquide, que l’on filtre pour retirer les fibres. Le produit obtenu passe par une aiguille très fine.
Les auteurs ont analysé ce liquide en laboratoire. Il ne contenait plus de cellules graisseuses vivantes : le nanofat ne donne donc pas de volume, contrairement à une greffe de graisse classique. Il contenait en revanche, en grand nombre, des cellules issues de la partie non graisseuse du tissu adipeux, dont des cellules souches, qui gardaient en culture leur capacité à se multiplier et à se transformer. Chez leurs 67 premiers patients, traités pour des ridules, des cicatrices ou des paupières inférieures foncées, ils décrivaient une amélioration de la qualité de la peau à six mois.
Une revue publiée en 2025, qui a réuni des experts pour proposer une définition commune, décrit la même séquence : lavage de la graisse, émulsion par 20 à 30 passages entre deux seringues, puis filtration. Une définition partagée compte, parce que des préparations très différentes ont été appelées nanofat.
Pourquoi on parle de régénération
L’idée est la suivante. Ces cellules et les substances qu’elles libèrent, notamment des facteurs de croissance, stimuleraient les mécanismes de réparation de la peau : fabrication de collagène, formation de petits vaisseaux, amélioration de la qualité du tissu. Les chercheurs parlent d’un effet de signalisation sur les cellules voisines, plus que d’un remplacement de tissu.
Les données de laboratoire vont dans ce sens. La même revue de 2025 conclut à un potentiel régénératif fort, mais à des preuves cliniques encore faibles. C’est la phrase à retenir.
Ce que montrent les études chez l'humain
Une revue systématique publiée en 2026 a réuni 18 études et 768 patients traités par nanofat. Les résultats les plus constants concernent les cicatrices : les huit études qui les mesuraient avec des échelles validées montraient toutes une amélioration. D’autres études rapportaient une bonne satisfaction des patients, ou des signes de fabrication de collagène sur des prélèvements de peau. Les effets indésirables, quand ils étaient signalés, restaient légers : rougeur, gonflement, parfois une pigmentation.
Ces études ont des limites qu’il faut connaître. Elles portent souvent sur peu de patients, sans groupe de comparaison, avec des préparations et des critères de jugement différents. Elles montrent que le traitement est bien toléré et qu’il semble utile dans certaines indications. Elles ne permettent pas de dire avec précision quel résultat attendre, ni pour qui.
Ce qu'il ne faut pas en attendre
Le nanofat ne remplit pas un creux et ne remonte pas un visage qui s’affaisse. Il ne remplace ni un lipofilling, ni un lifting. Son effet s’installe progressivement, sur plusieurs semaines à plusieurs mois, et varie d’une personne à l’autre. La présence de cellules souches dans l’émulsion ne doit pas faire imaginer une peau qui rajeunirait de plusieurs années.
Ce qu’il peut apporter est plus modeste et plus concret : une peau de meilleure qualité, une cicatrice plus souple, un cerne moins marqué quand une peau fine en est la cause.
Comment il s'utilise en pratique
Une petite quantité de graisse est prélevée, le plus souvent sur le ventre ou les cuisses, puis préparée pendant la séance. Elle est injectée par de fines aiguilles ou canules, ou associée à un microneedling, c’est-à-dire de fines perforations de la peau. Il complète souvent un lipofilling du visage dans la même séance : la graisse rend le volume, le nanofat travaille la peau.
Le déroulement, les suites et les indications sont détaillés sur la fiche du nanofat. Sous les yeux, la page j’ai des cernes creux explique quand il s’associe à un comblement.
Questions fréquentes sur le nanofat
Le nanofat donne-t-il du volume ?
Non. L’émulsion ne contient plus de cellules graisseuses vivantes. Pour rendre du volume, il faut une greffe de graisse classique ou de l’acide hyaluronique.
Est-ce un traitement par cellules souches ?
Le nanofat contient des cellules souches issues de votre graisse, mais il ne s’agit pas de cellules isolées, cultivées puis réinjectées. C’est votre propre tissu, préparé mécaniquement pendant la séance.
Est-ce la même chose que le PRP ?
Non. Le PRP, ou plasma riche en plaquettes, est préparé à partir d’une prise de sang. Le nanofat est préparé à partir de votre graisse. Ce sont deux préparations différentes, qui ne se remplacent pas l’une l’autre.
Les résultats sont-ils prouvés ?
Des améliorations sont rapportées, surtout sur les cicatrices, et le traitement est bien toléré. Les études restent petites et hétérogènes : les preuves sont encourageantes, pas encore solides.
Rédigé et relu par le Dr Daniel Meunier, chirurgien plasticien, qui consulte à Genève. Dernière mise à jour : septembre 2026.
Références scientifiques
- Tonnard P et al. Nanofat grafting: basic research and clinical applications. Plastic and Reconstructive Surgery, 2013. doi:10.1097/PRS.0b013e31829fe1b0
- Arcani R et al. Nanofat Use in Regenerative Medicine: A Systematic Literature Review and Consensus Recommendations from Expert Opinions. Facial Plastic Surgery & Aesthetic Medicine, 2025. doi:10.1089/fpsam.2024.0385
- Olivas CG et al. Nanofat in Plastic Surgery: A Systematic Review of Clinical Outcomes, Safety, and Emerging Applications. Plastic and Reconstructive Surgery Global Open, 2026. doi:10.1097/GOX.0000000000008107
Le nanofat pour votre peau ?
L’examen dit si la qualité de la peau est en cause, et ce que l’on peut en attendre. La consultation a lieu à Genève.


